["(...) de nombreux poèmes civils, enthousiastes et pleins de zèle, ne rendent pas service au Palestinien, parce qu'ils le réduisent à un slogan, ils le congèlent dans l'image que veut en donner l'ennemi, ils cachent son humanité la plus intime".
"On s'est écrasé dans trop de rigidités : qui exprime des divergences politiques peut être pris pour un traître. Qui n'est pas d'accord avec les pratiquants peut être le pire des mécréants. Qui n'est pas d'accord avec certains intellectuels, peut passer pour un adorateur de l'absurde".]
Après une phase intermédiaire, en suspens entre le mouvement de libération nationale et la promesse d'un Etat qui ne s'est pas réalisée, nous sommes restés immobiles dans le camp des presque : nous avons presque une autorité, presque un ministère, presque une occupation... et en même temps nous n'avons rien. Les raisons de fond de ce qui est en train d'arriver aujourd'hui, sont sans aucun doute politiques : tout un peuple se trouve en prison et les gardiens de la prison, quand il y a une grande tension, regardent les prisonniers qui commencent à lutter entre eux et jouent avec leurs différences, avec leurs limites. A Gaza, on a faim, et quand l'homme armé a faim il devient mercenaire, reversant sur le peuple même des problèmes moraux. Mais il y a aussi quelque chose de profond et de non résolu, qui va au-delà des différences de lignes politiques internes, et pousse les frères à se battre entre eux au lieu de combattre l'occupation. Nous nous sommes rendu compte que les accords d'Oslo ont creusé un gouffre dans lequel nous sommes tombés, mais nous n'avons pas encore réalisé pleinement quelle est notre position actuelle, jusqu'à quel point la frustration provoquée par Israël, sourd à toutes nos tentatives, a agi en profondeur : Israël signe des accords mais ensuite ne les respecte pas. Il veut le mur de séparation, et le mur est construit, et pourtant la paix continue à rester lettre morte, même quand tous les pays arabes se mobilisent pour normaliser les relations.
Et pendant ce temps, l'image du palestinien a changé dans le monde : avant il était un partisan de la liberté, aujourd'hui les médias nord-américains et israéliens lui ont fait un habit de terroriste, un masque qu'on lui jette à la figure et dans lequel il doit se reconnaître. Le monde entier, par contre, a oublié le problème fondamental : un peuple vit sous occupation depuis 40 ans, qui ne demande rien d'extraordinaire, rien que 22 % de son territoire historique. Mais le monde s'ennuie de tout ça et ne se préoccupe pas de voir combien nous, êtres encerclés et assiégés, nous pouvons être à bout, combien des énergies frustrées et latentes depuis 12 années peuvent, mal, imploser. Le monde entier produit de la haine, mais ne veut pas accuser Israël de peur d'être accusé d'antisémitisme. Ainsi, Israël, au lieu d'un état qui opprime, devient une valeur éthique, au-delà de toute loi : un phénomène non plus historique mais divin. Et Pérès, qui passe pour un homme de paix, peut tranquillement dire que les colonies ne sont que des blocs résidentiels israéliens. Le langage politique a catégoriquement changé suivant la volonté israélienne, l'occupation est désormais un mot imprononçable et incompréhensible...
"On s'est écrasé dans trop de rigidités : qui exprime des divergences politiques peut être pris pour un traître. Qui n'est pas d'accord avec les pratiquants peut être le pire des mécréants. Qui n'est pas d'accord avec certains intellectuels, peut passer pour un adorateur de l'absurde".]
Après une phase intermédiaire, en suspens entre le mouvement de libération nationale et la promesse d'un Etat qui ne s'est pas réalisée, nous sommes restés immobiles dans le camp des presque : nous avons presque une autorité, presque un ministère, presque une occupation... et en même temps nous n'avons rien. Les raisons de fond de ce qui est en train d'arriver aujourd'hui, sont sans aucun doute politiques : tout un peuple se trouve en prison et les gardiens de la prison, quand il y a une grande tension, regardent les prisonniers qui commencent à lutter entre eux et jouent avec leurs différences, avec leurs limites. A Gaza, on a faim, et quand l'homme armé a faim il devient mercenaire, reversant sur le peuple même des problèmes moraux. Mais il y a aussi quelque chose de profond et de non résolu, qui va au-delà des différences de lignes politiques internes, et pousse les frères à se battre entre eux au lieu de combattre l'occupation. Nous nous sommes rendu compte que les accords d'Oslo ont creusé un gouffre dans lequel nous sommes tombés, mais nous n'avons pas encore réalisé pleinement quelle est notre position actuelle, jusqu'à quel point la frustration provoquée par Israël, sourd à toutes nos tentatives, a agi en profondeur : Israël signe des accords mais ensuite ne les respecte pas. Il veut le mur de séparation, et le mur est construit, et pourtant la paix continue à rester lettre morte, même quand tous les pays arabes se mobilisent pour normaliser les relations.
Et pendant ce temps, l'image du palestinien a changé dans le monde : avant il était un partisan de la liberté, aujourd'hui les médias nord-américains et israéliens lui ont fait un habit de terroriste, un masque qu'on lui jette à la figure et dans lequel il doit se reconnaître. Le monde entier, par contre, a oublié le problème fondamental : un peuple vit sous occupation depuis 40 ans, qui ne demande rien d'extraordinaire, rien que 22 % de son territoire historique. Mais le monde s'ennuie de tout ça et ne se préoccupe pas de voir combien nous, êtres encerclés et assiégés, nous pouvons être à bout, combien des énergies frustrées et latentes depuis 12 années peuvent, mal, imploser. Le monde entier produit de la haine, mais ne veut pas accuser Israël de peur d'être accusé d'antisémitisme. Ainsi, Israël, au lieu d'un état qui opprime, devient une valeur éthique, au-delà de toute loi : un phénomène non plus historique mais divin. Et Pérès, qui passe pour un homme de paix, peut tranquillement dire que les colonies ne sont que des blocs résidentiels israéliens. Le langage politique a catégoriquement changé suivant la volonté israélienne, l'occupation est désormais un mot imprononçable et incompréhensible...
